EFJ Mag - Le magazine des étudiants de l’école Française de Journalisme
| AccueilEn octobre 2008, l’expérimentation à l’aéroport de Nice d’un scanner dit « déshabillant » avait échoué devant la levée des boucliers de nombreux opposants. Un projet qui pourrait bien revenir malgré les critiques.
Prendre l’avion. Beaucoup d’attente au coude à coude dans une foule pressée. Dorénavant les passagers risquent en plus d’avoir à renoncer à leur intimité. La chasse au terroriste s’amplifie depuis l’attentat déjoué du nigérian Umar Farouk Abdulmutallab lors du vol Amsterdam-Détroit le 26 décembre dernier.
La réaction des autorités américaines a inspiré d’autres pays. Après les États-Unis, les Pays-Bas, l’Angleterre, l’Australie se sont équipés d’un « scanner corporel » afin d’assurer la sécurité des vols. La France a suivi le 22 février pour les avions en partance de Roissy vers les États-Unis. Une machine en phase d’expérimentation pendant trois ans. Ces appareils envoient des ondes millimétriques capables de percer les tissus et de détecter les métaux, céramiques, plastiques, matériaux chimiques ou explosifs. Un bijou à 90 000€ chez Rapidscan, l’une des entreprises américaines qui exploite cette technologie.
En France, l’expérimentation dépend de la volonté des passagers qui peuvent opter pour une fouille manuelle classique. En Grande-Bretagne, il existe quatre motifs pour être scanné : une sélection au hasard des agents de sécurité, la demande du passager, la détection d’un explosif par d’autres moyens sur la personne et lorsque la fouille au corps ne permet pas d’identifier ce qui déclenche le détecteur de métaux.
L’appareil donne accès à des informations sensibles telles que les formes d’un passager, y compris ses parties les plus intimes. Il montre aussi les traces de chirurgies, les implants (seins, pénis), les tubes cathéter notamment. La démonstration a été faite : d’une simple manipulation, il est facile d’exploiter les images créées par les scanners pour obtenir une modélisation de personnes nues. En France, aucune image n’est conservée et les parties génitales sont floutées pour éviter tout abus.
Les eurodéputés se sont déjà exprimés contre ces engins déshabillants et la CNIL appelle au respect de la réglementation établie par le G29 (CNIL européenne). Le pape Benoît XVI a déclaré devant 1200 employés d’aéroports et représentants de l’industrie aéronautique que « même en temps de crise, l’être humain passe avant tout, à commencer par sa dignité ». Martin Scheinin, rapporteur spécial de l’ONU sur la protection des droits de l’homme dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, estime dans le journal anglais The Guardian que ces engins « futiles consistent en une intrusion disproportionnée dans la vie privée ». Alors que les scanners sont en effet incapables de déceler un explosif puissant (PETN) particulièrement bien caché et en petite quantité.
Quant à l’agence israélienne Technologies WeCu, elle annonce avoir développé une méthode pour détecter les mauvaises intentions des passagers. Un projet pour « lire » dans nos pensées actuellement à l’étude dans les aéroports israéliens.
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