EFJ Mag - Le magazine des étudiants de l’école Française de Journalisme
| AccueilLe réalisateur belge Jaco Von Dormael offre un second chef d’oeuvre "Mr Nobody". Après "Le Huitième Jour" il s’intéresse à l’histoire d’un homme qui, arrivé à la fin de sa vie, imagine les différentes existences qu’il aurait pu avoir, si seulement il avait fait un choix.
« Tant qu’on n’a pas choisi, tout reste possible », tel est le credo de Nemo Nobody.
Dès les premières minutes du film, le spectateur est plongé dans un univers doux, fragile et complexe. Les parents Nobody restent sans nom, ils s’aiment et désirent concrétiser leur amour en ayant un enfant. Nemo voit le jour le 9 Février 1974 et va connaître une vie hors du commun, celle d’un homme qui n’existe pas. La scène phare de ce film est, indéniablement, lorsque le jeune garçon doit faire un choix entre sa mère et son père : rester sur le quai ou embarquer. A partir de cet instant, différentes vies s’imposent à lui. Celle d’un homme riche ayant épousé une asiatique distinguée du nom de Jeanne qui lui donnera un fils. Celle d’un père de famille nombreuse qui doit gérer les névroses d’une femme dépressive, Elise. Celle d’un homme errant dans les rues attendant le retour d’Anna, son amour de jeunesse.

Il est le maître du destin de cet homme qui n’est personne. Jared Leto interprète à merveille ce rôle de caméléon, tantôt homme d’affaire tantôt vagabond. Les images sont magnifiques et les histoires s’enchevêtrent les unes avec les autres conférant une douce poésie à cet ensemble. Certes, les différentes vies, les retours en arrière et les anticipations rendent la compréhension difficile et ont tendance à perdre le spectateur dans ce méli-mélo affectif. Ce film reste néanmoins une œuvre aboutie, qui pousse à la réflexion sans rien perdre de sa douceur. Suivre le parcours de Nemo Nobody est, en quelque sorte, le fantasme du commun des mortels : qui n’a jamais rêvé de vivre plusieurs vies ? S’alliant à ce tendre élan, la tristesse apparîit au fur et à mesure de l’histoire. Plus le jeune garçon grandit, plus il affronte la dureté d’une vie sans choix. Des parents séparés, une mère instable et dure, un père affectueux mais handicapé et des relations complexes avec celles qui deviendront ses futures femmes.

Elise, déjà névrosée à 15 ans et amoureuse d’un bel italien, lui fait promettre de disperser ses cendres sur Mars et pendant que celle-ci, fricote avec un bellâtre, il décide de finir sa vie avec la première jeune fille qu’il verra, la timide Jeanne. Voilà les choix qui s’imposent à lui s’il choisit de rester avec son père, sur le quai du train. Anna l’attendra s’il monte dans le train. Anna est la fille de son beau-père, sa demi-sœur dont il tombera follement amoureux et qu’une rupture entre leurs parents respectifs éloignera. La distribution féminine est à faire tourner bon nombre de tête : Diane Kruger joue Anna, Linh-Dan Pham interprète Jeanne et Sarah Polley, Elise. La dernière scène du film vient court-circuiter toutes les interprétations du spectateur, c’est qui n’est pas sans être troublant. Mais n’oublions pas, il s’agit de l’histoire d’un homme qui n’est personne.

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